Un logement peut consommer peu d’énergie et rester mal classé si ses émissions de gaz à effet de serre sont trop élevées. Le double seuil du DPE sert précisément à croiser ces deux réalités pour attribuer une seule étiquette, de A à G. Je vous explique son fonctionnement, les seuils à connaître, les conséquences pour la vente ou la location et les leviers de rénovation réellement utiles en 2026.
Le classement DPE dépend de l’énergie consommée et du carbone émis
- Deux critères sont analysés : l’énergie primaire et les émissions de CO₂.
- La moins bonne performance des deux détermine l’étiquette finale du logement.
- Un logement est classé passoire énergétique s’il obtient F ou G.
- Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de l’électricité est passé de 2,3 à 1,9.
- Un logement classé G ne peut plus être loué en métropole dans le cadre d’un bail d’habitation.
Comment fonctionne le double seuil du DPE
Avant la réforme entrée en vigueur en 2021, le DPE présentait séparément une étiquette énergie et une étiquette climat. Le classement actuel combine les deux indicateurs dans une seule étiquette, afin de ne pas favoriser un logement qui consomme peu mais rejette beaucoup de carbone, ou l’inverse.
Le premier indicateur mesure la consommation conventionnelle en énergie primaire, exprimée en kWh EP/m²/an. Le second estime les émissions de gaz à effet de serre en kg CO₂ équivalent/m²/an. Ces valeurs sont calculées selon une méthode standardisée et non à partir des habitudes réelles de l’occupant.
Le principe est simple à retenir : le logement reçoit la classe correspondant à son résultat le moins favorable. Un appartement qui atteint la classe B sur le volet énergétique mais la classe E sur le volet carbone sera donc classé E sur son étiquette principale.
Un exemple concret
Imaginons une maison affichant 100 kWh EP/m²/an et 51 kg CO₂/m²/an. Sa consommation la placerait en classe B, mais ses émissions dépasseraient le seuil de la classe D. Son étiquette finale serait donc E.
À l’inverse, un logement électrique peut présenter une consommation primaire relativement élevée tout en ayant des émissions limitées. C’est justement ce type de situation que l’évolution du calcul en 2026 cherche à traiter plus équitablement.
Les seuils énergie et climat à connaître
Pour un logement situé dans la plupart des zones de France métropolitaine, les seuils de référence sont les suivants. Les deux colonnes doivent être lues ensemble, car franchir un seul seuil peut suffire à faire descendre l’étiquette.
| Classe | Énergie primaire | Émissions de GES | Lecture pratique |
|---|---|---|---|
| A | Moins de 70 kWh/m²/an | Moins de 6 kg CO₂/m²/an | Très haute performance |
| B | De 70 à moins de 110 | De 6 à moins de 11 | Logement performant |
| C | De 110 à moins de 180 | De 11 à moins de 30 | Performance correcte |
| D | De 180 à moins de 250 | De 30 à moins de 50 | Niveau intermédiaire |
| E | De 250 à moins de 330 | De 50 à moins de 70 | Performance à améliorer |
| F | De 330 à moins de 420 | De 70 à moins de 100 | Passoire énergétique |
| G | 420 ou plus | 100 ou plus | Très mauvaise performance |
Ces seuils sont exprimés à titre de repère pour les logements métropolitains. Dans certaines zones climatiques et au-delà de 800 mètres d’altitude, les seuils des classes E, F et G peuvent être adaptés. Un logement situé dans l’arrière-pays provençal ne doit donc pas être interprété exactement comme un appartement du littoral.
Le seuil entre E et F est particulièrement surveillé, puisqu’il se situe autour de 330 kWh EP/m²/an ou 70 kg CO₂/m²/an dans le cas général. Passer juste sous l’un de ces deux plafonds ne suffit pas si l’autre indicateur reste au-dessus.
Pourquoi le chauffage influence autant l’étiquette
Le système de chauffage agit sur les deux faces du DPE. Il modifie la consommation calculée, mais aussi les émissions associées à l’énergie utilisée. C’est pour cela qu’un remplacement de chaudière peut changer la note, même lorsque l’isolation du bâtiment n’a pas encore évolué.
Le fioul est généralement pénalisé par son niveau d’émissions. Le gaz peut également faire basculer un logement vers une classe moins favorable lorsque l’isolation est moyenne. Le chauffage au bois peut améliorer le volet carbone dans certaines configurations, mais il ne compense pas une toiture mal isolée, des fenêtres très déperditives ou une ventilation défaillante.
Ce qui change pour l’électricité en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité utilisé pour calculer l’énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. Certains logements chauffés à l’électricité peuvent ainsi gagner une classe, sans que leur consommation réelle ou leurs travaux aient changé.
Cette évolution ne signifie pas qu’un chauffage électrique devient automatiquement économique. Une vieille maison équipée de convecteurs et mal isolée peut continuer à coûter cher. Elle corrige surtout une partie de la pénalisation liée à la conversion de l’électricité dans le calcul conventionnel.
Les DPE réalisés avant 2026 restent valables pendant leur durée normale. Pour certains logements, une attestation officielle de nouvelle étiquette peut toutefois être téléchargée gratuitement auprès de l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe, sans nouvelle visite.
Quelles conséquences pour la vente et la location
Le double classement n’est pas une simple information technique. Il influence la valeur du bien, la négociation entre vendeur et acquéreur, les travaux à prévoir et, pour les bailleurs, la possibilité de louer le logement.
| Situation | Règle principale en métropole |
|---|---|
| Annonce immobilière | Affichage des classes énergie et climat, ainsi que de l’estimation des dépenses annuelles |
| Location depuis 2025 | Le logement doit appartenir aux classes A à F |
| Location à partir de 2028 | Le logement devra appartenir aux classes A à E |
| Location à partir de 2034 | Le logement devra appartenir aux classes A à D |
| Vente d’une maison ou monopropriété classée E, F ou G | Un audit énergétique réglementaire peut être obligatoire |
Depuis 2025, un logement classé G est considéré comme non décent pour une nouvelle location, un renouvellement ou une reconduction de bail d’habitation. Un propriétaire bailleur classé F dispose encore d’un délai, mais 2028 approche rapidement pour les projets de rénovation lourde.
Un DPE réalisé depuis le 1er juillet 2021 est valable 10 ans, sous réserve que les règles applicables au bien n’imposent pas un document plus récent. Les diagnostics réalisés entre 2018 et juin 2021 ne sont plus valables depuis le 1er janvier 2025.
Comment utiliser le résultat pour choisir les bons travaux
Je déconseille de commencer par remplacer un équipement au hasard. La première étape consiste à regarder quel indicateur bloque la progression et quels postes pèsent le plus dans le rapport : murs, toiture, plancher bas, fenêtres, chauffage, eau chaude ou ventilation.
- Vérifiez la fiabilité du DPE en contrôlant sa date, son numéro d’identification Ademe, la surface de référence et les équipements décrits.
- Comparez les deux valeurs, énergie primaire et émissions de GES, au lieu de regarder uniquement la lettre finale.
- Rassemblez les justificatifs d’isolation, de changement de fenêtres, de chaudière ou de ventilation avant toute nouvelle évaluation.
- Traitez l’enveloppe du logement, en commençant souvent par les combles, la toiture et les parois les plus déperditives.
- Adaptez le chauffage une fois les besoins réduits, afin de ne pas surdimensionner une pompe à chaleur ou un appareil à bois.
Dans une maison provençale, l’isolation de la toiture, la maîtrise des infiltrations d’air et la protection solaire peuvent faire une différence sensible. Une ventilation correctement dimensionnée reste indispensable, car une rénovation très étanche sans renouvellement d’air maîtrisé peut créer de l’humidité et dégrader la qualité de l’air intérieur.
Le chauffage au bois peut être pertinent pour réduire la dépendance au fioul ou au gaz, surtout avec un appareil récent, correctement dimensionné et alimenté par un bois sec. Mais je le considère comme un élément d’un programme global, pas comme une solution magique permettant à elle seule de passer de G à C.
Lire aussi : Prix isolation maison - Quel budget et quelles aides en 2026 ?
Les erreurs qui faussent les décisions
- Se fier uniquement à la facture passée, alors que le DPE repose sur un usage conventionnel.
- Confondre énergie finale et énergie primaire, qui ne sont pas exprimées selon le même calcul.
- Changer les fenêtres avant de traiter une toiture ou des murs très peu isolés.
- Oublier les données collectives d’une copropriété, ce qui peut conduire à des valeurs par défaut défavorables.
- Ignorer les règles particulières applicables aux logements de 40 m² ou moins, dont les seuils ont été ajustés depuis 2024.
Le bon réflexe avant de signer ou de rénover
Un double seuil sert surtout à éviter les diagnostics trop flatteurs. Pour lire correctement un DPE, il faut identifier le critère qui dégrade la classe, vérifier la qualité des données saisies et replacer le résultat dans le contexte du logement, de son climat et de son système de chauffage.
En 2026, je recommande de vérifier si le diagnostic peut bénéficier de l’actualisation du coefficient électrique, puis de demander un scénario de travaux cohérent. Réduire les besoins avant de choisir l’équipement reste généralement la stratégie la plus robuste pour améliorer à la fois la note, le confort et les dépenses réelles.